LogoOfficielConfiture.png
Elément-site-web2.png

Juan

Martinez

Elément-site-web11.png

Juan Martinez est un poète d’origine colombienne. Inspiré par la sensation de solitude éprouvée pendant le deuxième confinement – et notamment par le silence qui en découle – cet artiste a eu l’idée de créer un poème à ce sujet. Il voit le silence comme un espace modifiant toutes les perceptions et permettant de se découvrir de manière différente, d’explorer de nouvelles idées et de nouvelles perspectives.

Silencio

Qui suis-je en silence ?

Quand je suis celui que je ne dis jamais être

et que la parole ne prononce pas le verbe qui peut me sauver.

 

Ici l'unique respiration sont mes yeux, 

ou la pulsation d'un sein étranger qui palpite ;

palpite aveuglément dans mes oreilles.

En s'éprenant de cette quiétude

qui me déclare semence stérile du cosmos

et les inconnues,

libellules du chaos.

 

Qui suis-je en silence ?

Et qu'est-ce que le silence ?

Plus que la part bruyante de la lune, 

qui, obscure et à la peau laiteuse parle à l’homme en son temps mort

et à tous ces moi que je ne serai jamais.

 

Quand la mémoire parle de l’oubli dans des langues mortes,

en même temps que ma langue se meurt dans l'oubli.

Qui serai-je ?

Dans le silence de l’automne muet,

quand les feuilles me couronnent immigrant de ses rues tranquilles.

Et mes souvenirs migrants

se gravent sur le papier.

Qui serai-je en silence ?

Au-delà du silence ?

 

Je serai un docile dompteur de démons

et libérerai des dieux factices. 

Je serai assassin de la nuit

qui tente de se dérober, 

et je serai la nuit, qui meurt chaque jour dans mes mains.

Comme mes rêves qui se taisent.

Comme les souvenirs quand ils ne sont plus.

Comme la nostalgie d’un été sur le balcon.

Comme tous ceux que j’ai été et ne serai jamais.

Je serai Mort.

Je serai Opportunité.

Je serai l’injustice qui ne se tait jamais,

et l’angoisse de ses paroles.

Je serai à nouveau un immigrant 

au milieu de vieux souvenirs,

souvenirs d’amour,

amour qui crée la haine ;

haine qui bâtit la guerre,

et la guerre, qui habite, calme, dans le silence. 

 

Martino.”